
Dans un article précédent des professionnels de l'infographie nous avaient donné leur avis sur les formations de l'Afpa et le projet de restructuration des formations Futuroscope. Voici la suite des entretiens avec les jurys experts de l'infographie, Réalisés à l'occasion de la remise des titres* d'"infographiste metteur en page". Olivier Bouchard et Michel Dromard de la DSI du CNED, Anthony Thibault d'Hippocampe Studio et Esclarmonde Bernard graphiste indépendante nous précisent à leur tour leur points de vue.
Comment évaluez-vous le niveau de la promotion "metteur en page" 2008 ?
OB : J'ai vu des personnes manifestement prêtes dès maintenant à bosser en tant que professionnels. Les autres, sur la marche d'en dessous, c'est-à-dire : pas complétement opérationnels mais avec les éléments solides pour le devenir rapidement.
Si je compare avec les autres promos que j'ai pu voir, je dirais que le niveaux est assez comparable mais peut être plus homogène : tout le monde a acquis ce niveau de proche opérationnabilité décrit au-dessus.
MD : Les candidats de la promotion 2008 sont d'un niveau supérieur à l'année 2007, tous ont un projet bien déterminé à des niveaux différents qui les confronteront aux réalités du métier
A T : Le niveau de la promotion 2008 (plus encore que celle de l'an passé) est très bon mais surtout, cette promotion est composée de nombreux profils employables dès maintenant. Ce qui, dans le monde des formations aux nouveaux métiers de l'infographie, est loin d'être une chose habituelle.
E B : Dans l’ensemble, les stagiaires de cette session 2008 sont prêts à intégrer une entreprise. Ils ne possèdent pas encore l’expérience du métier ni les automatismes qui ne s’acquièrent qu’avec le temps, mais ils maitrisent les logiciels de PAO et savent faire une mise en page dans le temps imparti, ont une connaissance typographique et comprennent les différentes étapes de la chaîne graphique et ses exigences techniques. Certains ont même un talent certain et promettent de devenir de bons graphistes.
Quels sont selon-vous les points forts de la formation dispensée par l'Afpa ?
OB : Bonne combinaison de connaissances métier et de savoir-faire, développé en adéquation avec le bagage de chacun. Les potentiels sont mis en valeur. Un niveau de base solide et valorisable est acquis de toute façon.
A T : Un contenu de formation non basé exclusivement sur l'enseignement des logiciels mais également (et c'est sans doute le plus important) sur la connaissance de l'environnement de travail (chaine graphique, culture des arts graphiques, méthodologie de conception, etc.).
À ma connaissance, il s'agit de la seule formation à avoir cette démarche et cela s'avère payant au fur et à mesure des années. Il est facile aujourd'hui d'apprendre le fonctionnement d'un logiciel (un bon bouquin, du café et du temps et voilà), mais connaitre la façon dont ce même logiciel est employé en milieu professionnel, les astuces qui sont utilisées et les méthodes de travail qui en découlent représentent un autre niveau de connaissances bien supérieur. Ce niveau de connaissances est l'un des éléments (avec le book) qui sont décisifs lors d'un recrutement (bien plus que la simple maitrise technique).
EB : Apprendre à se servir des logiciels spécifiques à notre métier est nécessaire mais n’est pas suffisant pour être un infographiste compétent. L’Afpa, en plus d’une formation efficace de plusieurs mois sur les logiciels de PAO, offre aux stagiaires une découverte du métier dans sa globalité, les amène à découvrir la typographie, leur explique les impératifs techniques dus à l’impression ou aux exigences du web. En résumé, les points forts de cette formation sont sa durée, l’immersion dans une entreprise lors d’un stage, l’apprentissage des logiciels de PAO ainsi que la découverte du métier.
Pensez-vous qu'il soit possible d'acquérir les compétences d'infographiste tout en réduisant la durée de nos programmes de formation ?
OB : Il y a, de façon certaine, une durée minimum en dessous de laquelle le savoir-faire et la connaissance métiers ne peuvent être acquises - De plus tout le monde ne progresse pas à la même vitesse et cette progression est rarement linéaire. la diminution de durée peut donc écarter tout ceux qui ont une progression qui commence lentement même si au final leur formation est aussi (voire plus) solide que celle des autres.
Au vu des épreuves passées par les candidats (pas de réalisation d'images vectorielles, pas de photomontage, rough fourni, etc.), il me semble difficile de diminuer encore la durée de la formation.
MD : Les formations des candidats en dessous ou égales à 980 heures ne peux correspondre qu'a des perfectionnements, mises à niveaux. L'institution face à la concurrence s'interroge-t' elle sur le reclassement de ces stagiaires dans le tissu économique actuelle.
La valorisation de nos métiers ne se fait pas sur des critères classiques, mais sur le talent, il suffit de prendre comme exemple un photographe ou directeur artistique comme Arthus Bertrand ou Peter Knappp il leur a fallu des années pour être reconnus.
La notoriété de l'AFPA repose sur sa durée et la qualité des formations dans le domaine du reclassement, si elle ne continue pas dans cette direction elle perdra de sa crédibilité.
EB : Étant donné la masse d’informations nouvelles à transmettre aux stagiaires afin de les former de façon complète et efficace, je pense que la durée actuelle de la formation à l’Afpa est largement nécessaire. De nombreuses formations privées proposent des programmes courts. Quelqu’un ayant suivi ce genre de formations afin d’apprendre à être infographiste n’est pas capable de travailler en entreprise. Il aura uniquement survolé le fonctionnement des logiciels. Et ça n’est pas suffisant pour être autonome sur un projet ou réaliser une mise en page.
Selon vous combien de temps et d'expérience faut-il pour avoir en main les métiers de l'infographie ?
OB : A vue de nez, je dirais 3 ans d'expérience.
EB : Je pense qu’on ne cesse jamais d’apprendre, surtout dans un métier comme celui-ci dont les outils sont en constante évolution. On peut cependant commencer à avoir une certaine maîtrise du métier et être efficace au bout d’un an environ dans un cadre propice
A T : Toute une vie :)
Cette réponse en forme de blague n'en est, en fait, qu'à moitié une.
En fait, il s'agit de métiers qui demandent une veille constante sur les technologies, les méthodes, les tendances, etc.
Cependant, en terme de formation "de base" (de "formation minimum" pourrait-on dire), chacun peut faire le bilan des diverses formations existantes dans la région et ailleurs, et voir que les formats courts sont un échec, aussi bien en terme de placement professionnel, qu'en terme de connaissances acquises par les stagiaires (limitée à de la technique logicielle, donc très insuffisante).
Pour transposer le résultat de ces formations dans un autre domaine, nous nous retrouvons alors avec des apprentis maçons maîtrisant la réalisation d'un parfait ciment, mais qui n'ont aucune idée de ce à quoi il va servir dans la construction d'une maison et qui ne connaissent pas les autres métiers avec qui ils vont devoir travailler en symbiose.
Un projet, actuellement à l'étude, envisage de déplacer les formations du Futuroscope vers Châtellerault, quel est votre point du vue sur le projet ?
OB : Une formation régionale comme celle-ci a besoin d'un contact permanent avec les professionnels, il vaut donc mieux un lieu pourvu à distance raisonnable d'agences de com, d'imprimeries, etc. C'est un des rares lieux du Poitou-Charentes où tous les métiers de la chaîne graphique et du multimedia sont réunis dans un rayon de 15 km.
MD : Le fait que le métier d'Infographiste soit sur le site correspond à une volonté politique en adéquation avec l'environnement des TIC, que Châtellerault ne reflète pas. La réputation du Futuroscope (et je le regrette) donne une image moderne sur des métiers qui sont continuellement en mouvement.
A T : La technopôle du Futuroscope (grand bassin d'emplois potentiels liés à ces nouveaux métiers) prévoit-elle de déménager à Chatellerault elle aussi ? Si ce n'est pas le cas, j'ai un peu de mal à voir la pertinence du projet.
Poitiers est, aujourd'hui encore, une petite ville, n'offrant qu'un nombre limité d'opportunités dans ces domaines.
Si Poitiers et le Futuroscope (avec une technopôle, tout de même) n'offrent que peu d'opportunités, que penser de Chatellerault.
Quoi de plus pertinent que de suivre une formation en étant immergé dans un environnement en relation direct avec celle-ci ? C'est à mon sens l'un des points qui font la qualité de cette formation aujourd'hui.
EB : Il me semble primordial que la formation Infographiste metteur en page de l’AFPA reste implantée sur le site du Futuroscope. En effet, bien que ne connaissant pas très bien le bassin économique de Châtellerault, je constate que le site du Futuroscope est un vivier important d’entreprises dans le domaine de la communication et du graphisme et il est donc évident et naturel que cette formation soit au coeur de cette activité économique.
Avec des mots différents et quelques nuances, on retrouve dans les propos des personnes questionnées plusieurs idées fortes résumées ici :
- le bon niveau de pratique des personnes formées à l'Afpa Futuroscope, l'employabilité et le potentiel des candidats. Certains relèvent que cela est loin d'être systèmatique chez les personnes fraichement issues de centres de formations.
- le point fort de la formation est avant tout l'approche professionnelle de l'Afpa. Ils précisent que la connaissance des logiciels n'est qu'un aspect associé ici à d'autres compétences (méthode, typographie, culture, connaissances des techniques d'impression…)
- il convient d'être vigilant quant aux durées d'apprentissages, et de veiller à ce que les candidats puissent bénéficier d'un temps suffisant pour intégrer des savoirs "métier". Le stage de formation "Afpa" n'est qu'une étape de la formation qui pour les professionnels continue tout au long de son parcours professionnel. Le chiffre des 3 ans souvent cité ailleurs est identifié comme le maps de temps nécessaire pour être reconnu comme un professionnel. L'expérience professionnelle viendra valider le parcours de formation Afpa.
- La connexion avec un réseau de professionnels actifs leur semble primordial. Le dynamisme du bassin Poitiers Futuroscope dans le secteur des TIC constitue indéniablement un atout. Pour les professionnels de l'infographie interrogés, il ne peut être concurrencé par celui en place sur la ville de Châtellerault.
*titre : délivré par le Ministère du Travail, le titre concerne les publics adultes et valide les compétences "métier". Il peut être obtenu par le biais de la formation ou par la validation d'acquis et d'expérience (VAE).
*titre : délivré par le Ministère du Travail, le titre concerne les publics adultes et valide les compétences "métier". Il peut être obtenu par le biais de la formation ou par la validation d'acquis et d'expérience (VAE).
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